21 juin 2009
Ne LUI souhaitez pas sa fête...
J'ai 20 ans depuis si peu de temps. Le ruisseau coule à mes pieds rempli des larmes que j'y ai versé, caché. Je suis un homme depuis si peu de temps. Je suis fort mais mes épaules ne peuvent rien porter. Je suis grand mais mes jambes ne savent pas plier. J'avais dans mes mains la vie que j'aurai pu créer, mais elle est partie en disant : "tu es trop jeune".
J'ai 30 ans depuis quelques temps et c'est un délice. Mes épaules se sont élargies et mes joues se sont creusées. Je suis beau et je rayonne. Elles sont là comme les chimères que je fais danser le soir tard en leur parlant des étoiles et des bulles de champagne. Je suis libre parce que je le veux. Je suis libre parce que j'ai choisi.
Un jour elle m'a dit : "c'est maintenant". Et je n'ai pas su quoi dire. Mais je l'ai fait.
J'ai 40 ans depuis bien longtemps. Mon dos robuste porte le fardeau d'un bonheur parfois trop lourd à avouer. Où sont les notes de musique de mes 20 ans, enchanteresses et si légères : l'eau coulait à flot. Le souvenir de celui qui s'en va et qu'on ne retient jamais. Soudain elle m'a dit : "regarde comme il grandit. C'est ton enfant, ton avenir". Mais je vais mourir de cette douleur à tant vouloir le protéger. Et le protéger de quoi ?
J'ai 50 ans. J'ai 60 ans et plus : mon dos s'est vouté. Mais je ne souffre pas. Je l'ai vu pousser comme un arbre robuste et fort. Toutes ses branches se sont déployées vers la lumière, le tronc planté dans son sol fertile. A son tour il enfantera un jour, quand il aura 20 ans, 30 ans...
Je le vois épouser le vent qui joue dans son feuillage et j'étais là pour le guider.
Je l'entends qui chante au gré de la bise et je m'endors à l'ombre car maintenant il me protège.
Mon enfant. Tu es un homme. Et comme tous les hommes, tu ne sais pas le dire. Mais aujourd'hui je suis fier de l'amour que j'ai su te donner, parce qu'à ton tour, tu m'offriras la chance de récolter les fruits d'une affection toujours grandissante.
Ne me souhaite pas ma fête.
C'est moi qui t'aime.
Sinon, je pleure... dans mon silence, et il m'étouffe.
Vous pouvez relire le premier volet de "ne me souhaitez pas ma fête" ici. Texte écrit dans la même veine... celle où il y a la vie qui coule, que l'on soit un homme ou une femme. Un adulte ou un enfant.
Commentaires
Eencore un bien joli texte émouvant... mais si j'ai mis le lien Madame quand on clique sur "Elle"... bon allez bon dimanche, biz
Décidément ce matin, je reçois plein de petits cadeaux "lecture"... Merci Esper, ma journée commence sous de bons hospices :-))
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